153. Elle me regarde (電車 の 女 の 目)

Publié le par Polo

Les mots se troublent, se dédoublent et se confondent. Mon regard erre quelque part entre les lignes. Mon attention tente péniblement de se fixer sur un point d'accroche. Mais rien n'y fait, quelque soient les efforts mis en oeuvre.
Je ferme les yeux. Là, perdu dans un demi-sommeil, je me laisse bercer par les cahots, je tente de récupérer en tant soit peu de concentration, laissant les yeux vagabonder sous les paupières closes.

En les rouvrant je les vis. Je tombai dans un regard intense, dans la profondeur de deux grands yeux bleus, nervurés de nuances de gris, soulignés de noir avec une grande simplicité, et encadrés par un rideau de longues ondulations fauves, délicat filet rayonnant du sommet de son front.

Elle me regarde.

Je pus le voir à travers cette surface à demi réfléchissante. Elle est comme moi, elle aime observer les gens à leur insu. Et elle m'observait.

Elle me regarde, il n'est pas de doute à avoir.

Elle écarquille doucement les yeux, ouvre ses paupières toutes grandes. A croire qu'un grand étonnement s'est emparé d'elle.

Elle me regarde toujours.

Je lui souris. Elle détourne le regard vers le paysage qui défile. Le soleil levant jouant avec les nuages est d'une splendeur admirable, il est vrai.

Elle ne me regarde plus.

Puis vint le moment pour moi de partir. M'étant quelque peu éloigné, je risquai un regard en arrière. Elle était toujours là, assise près de la fenêtre.

Elle me regarde encore.

Adieu ma beauté, mon amour, ma joie, mon éphémère, mon éternelle, mon autre moi, mon reflet, mon souvenir impérissable, adieu à jamais.

Elle ne me regardera plus.

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Compiègne-Creil, septembre 2008

Publié dans Trêve de rêves

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Jenny 03/10/2008 16:46

J'aime beaucoup comment ce regard est decrit.

marilou 10/09/2008 14:02

Il faudra pourtant un jourRappelle-toi cette maximeMieux vaut avoirDes remords que des regrets...